
Chronique d'une passion annoncée.
Tous les enfants se ressemblent, partout, toujours, à travers les siècles et les époques différentes. Leurs envies sont identiques et leurs rêves tout aussi sublimes.
Mon rêve à moi, petit garçon de 4 ans, était d’avoir un chien ; un petit toutou que je pourrais chérir, avec qui je pourrais partager mon quignon de pain et mes billes….mais dans l’Italie d’après guerre (c'est-à-dire le milieu des années 50), la priorité n’était pas à posséder un animal domestique qui coûterait cher en nourriture et ne « servirait » pas pour le travail aux champs ! En effet, les seuls animaux qui avaient une place d’honneur étaient les chevaux et les ânes.
Cette envie fut donc vite réprimée, refoulée tout au fond de mon cœur et de ma mémoire.
La vie continua donc son cours, parsemée de petits bonheurs, de surprises parfois pas très agréables, d’événements heureux et d’autres plus tristes et puis un beau jour….. l’envie me reprit.
J’étais à l’époque adulte, marié, père de famille. J’allai chercher à la SPA un chien de chasse qui m’avait fait les yeux doux. Novice, inexpérimenté et plein d’illusions, vous vous imaginez sans aucun doute à quels problèmes je dus faire face ! Et oui, chaque promenade se terminait par une « fugue » de mon compagnon à 4 pattes. Toutes les excuses étaient valables pour courir à perdre haleine et ne revenir que bien plus tard, fourbu et crotté !
Malheureusement, lors d’une de ses escapades, nous ne le revîmes plus et après avoir attendu en vain, nous nous fîmes à l’idée que nous étions à nouveau « orphelin d’un chien ».
Pendant des mois je me demandai quelle serait la race de chien qui pourrait convenir à notre vie de famille. Bien que cela faisait des années que j’admirais la beauté, la puissance, l’élégance des Dobermann, il nous fallait cependant un animal qui puisse s’accommoder des aléas d’une vie domestique et mon choix se porta sur le berger de Beauce. Rustique, bon enfant, adorable avec les enfants et pourtant dissuasif vu sa couleur et sa stature.
Pendant l’été 1978, j’étais en vacances en France, m’occupant comme chaque année d’enfants handicapés. Je savais qu’au centre de la France il y avait un vieil élevage de Beaucerons. Je traversai donc le territoire d’est en ouest et rencontrai madame Delaire (élevage de la Horde Noire) chez qui j’achetai mon premier bas rouge.
Le virus était entré dans mon organisme, insidieusement, et avait creusé toutes les parties actives de mon cerveau et de mon corps : il fallait que j’en sache plus sur la race, sur ce que ce chien pouvait accomplir et comment je pouvais travailler avec lui. Je m’inscris donc à un club de dressage et d’exercices en entraînements, je pus cerner et le chien et la race. L’envie me prit d’étudier plus à fond et je devins donc juge berger de Beauce. De fil en aiguille je m’intéressai aux chiens de berger et il y avait une petite race qui m'interpellait, sympathique en diable, dotée d’une intelligence vive, et travaillant encore sur les troupeaux de chèvres et de brebis dans les Hautes Pyrénées : le petit berger des Pyrénées.
En accord avec mon épouse, nous décidâmes d’élever cette race et nous allâmes chercher notre premier chien chez Madame Clavère (élevage de l’Ourdissetou). Notre élevage pouvait démarrer et de fil en aiguille cette race me passionna tant et si bien que nous avons voulu nous consacrer à elle seule et avons arrêté les beaucerons.
Depuis une véritable amitié s’est créée avec le club de race français et c’est toujours avec beaucoup de plaisir que nos amis éleveurs français et moi-même nous rencontrons pour discuter de ce petit compagnon, pour échanger nos « secrets » d’élevage, pour se mesurer sur les rings avec fair-play, pour qu’ils se « soumettent » de bonne grâce à mes jugements.
Ce petit espiègle est le trait d’union entre nous et nous en sommes tous très heureux. Longue vie au petit berger des Pyrénées et merci encore à tous ces vieux éleveurs qui firent les beaux jours de cette race et qui sont à la base de pratiquement tous les élevages de pyrénéens.
Salvatore Giannone
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